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Quelques conseils pour la haute mer
par Monique et Gervais Leclair (Taranga III)
Cet article a été publié également dans le Radeau-teur
L’humour
L’élément
numéro 1 est vraiment le sens de l’humour. C’est très très important
de garder le moral de l’équipage. Un soir je sentais que le moral
était un peu bas. J’ai donc commencé à dire que je callais du
St-Hubert pour le souper. On a bien ri. Le lendemain soir, notre ami
Jacques s’est mis à dire qu’il faisait venir un grande pizza all
dressed et une petite végétarienne pour moi et c’est lui qui payait.
La livraison n’est pas encore arrivée. On ne comprend pas pourquoi.
Lorsqu’on se promenait tout croche dans le bateau et que ça nous
prenait 10 minutes pour se rendre d’un point à l’autre, on chantait la
chanson de Jacques Brel ‘Parfaitement à jeun, vous me voyez surpris de
ne pas trouver mon lit ici, gilli gilli gilli, viens
ici mon petit lit car si tu ne viens pas à moi, ce n’est pas moi qui
irai à toi…’ On a bien ri avec cela. Vaut mieux en rire qu’en pleurer
de toute façon. Il ne faut pas avoir peur également d’exprimer nos
frustrations car tout garder pour soi augmente le niveau de
frustrations et peut mener à un état explosif. Il faut surtout éviter
les crises de nerfs dans un milieu restreint loin de tout avec aucun
moyen d’y échapper.
Le gréement
Il faut passer le gréement à la loupe car le moindre
point faible peut causer une catastrophe. Parmi les 50 bateaux qui
étaient avec nous dans la Caribbean 1500, 1 bateau a perdu son mat, 2
bateaux on brisé leur gouvernail, 2 bateaux ont brisé leur boom et 3
bateaux ont brisé leur pilote automatique. C’étaient pourtant de très
bon bateaux. Cela aurait pu être évité s’ils avaient fait vérifier
leur gréement par un expert. Nous avons fait vérifier notre bateau
avant de partir par un ami de Gervais à Hampton qui est un
professionnel en gréement. Il nous a dit que tout était parfait et en
effet, on n’a eu aucun problème malgré que le bateau a subi d’énormes
pressions pendant 7 jours sans relâche.
Comme je te disais dans ma lettre, il faut toujours
prévoir pour le pire. Si ça n’arrive pas c’est tant mieux et si ça
arrive alors on est prêt.
Les outils
Il faut essayer de tout prévoir donc il faut avoir une
bonne variété d’outils et s’assurer surtout qu’ils sont dans des
endroits bien étanches car s’ils sont en contact avec l’eau salée, ils
rouilles très vite. Rona n’a pas fait ses outils pour les bateaux en
haute mer. Il y a aussi moyen de les graisser afin d’éviter la
rouille. On a trouvé un très bon produit pour enlever la rouille.
Ça s’appelle NEVR – DULL, magic wadding polish.
C'est un peu comme de la laine de mouton non cardée enduit
d’huile. On en prend un petit paquet et on frotte la rouille. C’est
magique. Il y a aussi une pâte en tube qui fonctionne bien pour
enlever la rouille des vêtements, C’est Rust Remover fait par MAGICA (www.magicarustremover.com).
En général, on range ses outils dans les coffres du
cockpit. On les croit étanches mais le test du Lac Champlain n’est
vraiment pas suffisant. Quand le bateau est constamment lavé par la
vague pendant des jours, l’eau fini par s’infiltrer. Il faut donc
vérifier l’étanchéité des coffres avec le boyau d’arrosage et une
bonne pression d’eau afin de s’assurer de la très bonne étanchéité des
coffres. Aussi, s’assurer qu’il n’y a pas aucun objet d’acier parmi la
quincaillerie inox car cela tache l’inox. Tout ce qui peut rouiller
doit être isolé du reste afin de ne pas gâcher des objets auxquels on
tient. Par exemple, on avait apporter une petite escabeau de cuisine
qui était bien pratique pour travailler au pied du mat, la bome étant
assez haute. Malheureusement, il a rouillé et souillé certaines
ceintures de sécurité et des pochons de voile. Le plastique est
vraiment mieux quand c’est possible de trouver l’objet en plastique
plutôt qu’en métal.
Gervais a trouvé chez Canadian Tire un coffre plat,
carré, rouge, avec un bon couvert en plastique qui ferme bien et qui
est étanche qui contient une bonne quantité de petits carreaux ce qui
est très pratique pour classer vis, bolt, manilles etc, ... On se
propose bien d’en acheter d’autres à Noel durant notre visite
au Québec.
Back up
Il est bon d’avoir un back-up des équipements
essentiels tel GPS, ordinateur, lunettes et autres qui pourraient
rendre la vie bien difficile si on ne les a plus. J’ai par exemple
brisé mon ordi le 4ième jour de notre traversée vers les
Iles Vierges. Heureusement que j’avais apporté mon ancien laptop qui
avait été configuré pour Winlink. J’ai donc pu continuer à communiquer
par Winlink.
Rangement
Les ziplock font vraiment des merveilles. J’ai
découvert dans des magasins à grande surface aux USA tel Price Chopper
et Walmart, des grands ziplock Large, X large et XX large qui font des
merveilles pour les vêtements et tout ce qui risque d’être affecté par
l’humidité. On a eu des coulisses d’eau le long de la coque dû à la
condensation car au départ du Lac Champlain il faisait très froid et
on chauffait à l’intérieur ce qui a causé de la condensation. J’étais
bien contente que mes vêtements soient dans des ziplock car je n’avais
jamais eu ce problème auparavant. Ça m’a un peu surpris. Il arrive
aussi parfois que l’on oublie de fermer certaines valves et on a un
retour d’eau dans les coffres sous les sièges. Il est donc préférable
de ranger les choses qui ne craignent pas trop l’eau dans ces coffres
tels cannages, cannettes, bouteilles d’eau, et tout ce qui est dans
des contenants de plastique.
Je conseille un ou deux sacs étanches qui sont vendus
par exemple pour ceux qui font du kayak. On peut y ranger passeports,
enregistrements du bateau, cartes de crédit et argent. On peut trouver
un endroit sécuritaire pour le cacher et le dire à tout l’équipage. Si
on doit abandonner le bateau, on apporte cela avec soi. Il est bon
aussi d’en avoir un pour la caméra si on part en expédition et que
l’on doit sauter en bas du dinghy avec de l’eau sous les bras. On peut
également y mettre les choses qui doivent rester au sec.
Toujours toujours toujours ranger les choses au même
endroit sinon on passe son temps à se chercher. Si on décide de
changer quelque chose de place, s’assurer de le dire aux autres afin
de les faire éviter de chercher inutilement. J’ai pris l’habitude de
faire une liste du contenu de chaque case ou équipet et je colle la
liste à l’intérieur de la porte. Ca sauve pas mal de temps. Il faut
par ailleurs maintenir la liste à jour sinon les liste deviennent
inutiles.
Nourriture pour long
passage (10 jours et plus)
Ne pas trop en acheter en avance car on devient vite
encombré avec des choses qu’on n’a plu vraiment le goût de manger
rendus dans les Iles. Si on part pour un certain nombre de jours,
calculer le nombre de repas nécessaires, faire un menu, dresser la
liste des aliments nécessaires pour ces menus et s’en tenir à cela.
Prévoir qu’en mer on ne mange pas dans des assiettes. Le tout doit
être servi dans le même bol et être mangé avec une fourchette ou une
cuillère. Dans des vagues de 10 pieds avec le bateau gité à 35 degrés,
on n’a pas le goût de courir après les petits pois qui ont décidé de
rouler en dehors de l’assiette. Il faut toujours une main pour le
bateau, il n’en reste donc qu’une pour manger (et oui malheureusement,
on n’en n’a que 2, ça serait bien pratique parfois d’en avoir une
autre et même 2 autres….)
Il faut prévoir le mauvais temps où il est parfois trop
dangereux d’allumer le gaz. Des sandwichs alors font bien l’affaire.
J’avais acheté des viandes froides et du fromage suisse tranchés et
emballés sous vide qui se sont très bien conservés tout le long du
voyage. Le fromage rapé également que l’on achète dans des ziplock se
conserve très bien pour plus de 2 semaines. Le pain tranché également
(aux grainx, blé, son d’avoine etc) se conservent très bien pendant
plus de 2 semaines. J’en avais acheté 8 et je n’ai pas perdu une seule
tranche. C’est bon d’en avoir plusieurs variétés. Les tortillas font
des bonnes sandwich mais ne se conservent pas plus d’une semaine.
J’aimerais bien trouvé une recette pour en faire. Ca doit être assez
facile à faire, c’est un peu comme une crêpe fait avec de la farine de
mais.
Il y a maintenant aux USA des plats tout préparés
emballés sous vide que l’on n’a qu’à faire réchauffer au micro-onde ou
dans une poêle. C’est bien pratique pour le souper. On fait cuire du
riz minute avec cela et on ouvre une canne de macédoine de légumes et
en 5 minutes on a un repas complet. L’important, c’est d’avoir de la
variété et des choses qui sont déjà cuites ou qui cuisent très vite
car c’est parfois dangereux d’être au poêle; il faut donc que ça se
fasse vite et que ça ne soit pas trop compliqué. Il faut également
économiser le gaz. Il faut penser que faire chauffer de l’eau pour
cuire des pâtes peut être dangereux. Il ne faut donc pas trop compter
sur les pâtes. Du riz déjà cuit à différentes saveurs est plus
pratique. On peut y ajouter une canne de poulet ou saumon ou jambon ou
thon et ça fait un repas vite fait et nourrissant. Le tofu également
donne des protéines et apporte une valeur alimentaire sans calorie. Le
tofu se conserve très longtemps et comme il prend le goût du plat
auquel on l’ajoute, on peut en mettre partout sans trop changer le
goût du met que l’on prépare.
Il faut aussi prévoir une bonne quantité de barres
croque-nature, granola, nutri-diète etc . C’est bon durant les quarts
de nuit quand on a une petite fringale et aussi s’il fait trop mauvais
pour cuisiner ou que le chef est indisposé alors, ces petites
grignotines sont nourrissantes et donnent de l’énergie. Ce fût bien
pratique pour nous certains matins où il était impossible d’allumer le
gaz. Avec un bon verre de jus d’orange, ça fait un bon petit déjeuner.
C’est bon d’en essayer différentes sortes avant de partir comme cela
on sait ce qu’on préfère et ce qu’on n’aime pas du tout. Des petites
barres de chocolat, des pretzels, des noix mélangées sont aussi
appréciés pour remonter le moral de l’équipage. Les chips pringles en
tube sont beaucoup plus pratiques que les chips en sac et sont moins
grasses aussi.
Toujours prévoir quelques jours extra en mer afin de ne
pas être pris de court. Si on prévoit faire un passage en 10 jours,
prévoir des provisions pour au moins 12 à 13 jours juste au cas où ….
Le dépanneur n’est pas toujours au coin de la prochaine vague.
Les vêtements
Il est important d’avoir de bons habits de pluie; des
chauds et très étanches pour le gros temps (ie GILL full weather
gear) et des plus légers lorsqu’on est rendus à la chaleur (ie Henry
Lloyd qui sont très bien concus pour éviter la transpiration et sont
bien étanches). Comme disent les norvégiens, il n’y a pas de mauvais
temps, il n’y a que de mauvais vêtements. Rendus dans les iles, le
coton est vraiment de mise car on transpire beaucoup dans les matières
synthétiques tels que rayonne et polyester. J’ai acheté des
sous-vêtements et des bas qui sèchent très vite chez Tilley Endurables
sur la rue Laurier. C’est cher mais ça vaut la peine. Les nouveaux
vêtements techniques vendus dans les boutiques de sports pour ceux qui
font du canot camping ou de la randonnée pédestre sont très pratiques
car ils sont légers, sèchent rapidement, nous gardent au sec et ne
prennent pas beaucoup de place.
Petits trucs
Les œufs se conservent très longtemps hors du frigo
s’ils n’ont jamais été réfrigérés à condition de les tourner à tous
les jours. Ils se conservent pendant plus de 2 semaines également au
frigo. Pour savoir si l’œuf est bon, le mettre dans l’eau. S’il
flotte, c’est qu’il n’est pas bon. L'assouplisseur Downy est très bon
pour enlever le sel des vêtements. On peut donc laver à l’eau salée et
rincer à l’eau douce avec du Downy.
On peut se laver la tête à l’eau salée avec du savon à
vaisselle Joy et rincer à l’eau douce.
Le mal de mer
Les patch de scopolamine TRANSDEM – V ont vraiment
changé ma vie. On l’achète au comptoir de la pharmacie, sans
prescription. Moi qui était très malade en mer, je n’ai plus jamais
été malade depuis que je mets les patch. Je suis chanceuse car je n’ai
aucun effet secondaire. Le médecin de la Caribbean 1500 nous a mis en
garde contre certains effets secondaires tel perte de mémoire, mauvais
jugement, mauvaises décisions prises sous l’effet de ce médicament. Ca
peut arriver mais ça ne m’est jamais arrivé à moi particulièrement.
Faut croire que je suis dans les cas chanceux. Il ne faut pas les
porter lorsqu’on est sur la terre car ça rend malade. Il faut vraiment
être sur le bateau pour les porter.
Le médecin de la Caribbean 1500 nous a également
recommandé un très bon médicament qui a bien fonctionné pour notre ami
Jacques. C’est la Meclizine hydrochloride. Il faut en prendre 25 mg
par jour. J’ai acheté Dramamine non Drowsy aux USA et j’en prenais une
par jour. Ca n’avait aucun impact sur le fait que j’avais les patch.
Je ne voulais pas prendre de chance d’être malade vue que les
conditions étaient assez mauvaises. Le médecin m’a dit qu’il n’y avait
aucun problème de prendre les deux. Tant qu’à Jacques, il a pris
seulement 1 dramamine par jour et il était correct. J’ai parlé à
d’autres par la suite qui m’ont dit qu’ils ont cessé de mettre les
patch depuis qu’ils prennent de la Meclizine et ils ne sont jamais
malades. La Meclizine est l’ingrédient qui empêche le mal de mer. Ca
se trouve normallement en pilules de 25mg et parfois en plus faibles
doses que l’on prend 4 fois par jour si on n’est pas capable de
prendre les 25mg d’un seul coup. Je connais la marque Dramamine mais
il y a surement d’autres compagnies qui en font. Demander à votre
pharmacien. J’ai acheté cela aux USA sans prescription. Il y a
peut-être quelque chose d’équivalent au Canada.
La
préparation psychologique
Pour quelqu’un qui se prépare à sortir en mer pour plus
de 8 jours, je conseille de faire quelques sorties auparavant de 2 ou
3 jours avec au moins 2 nuits sans arrêt afin de voir comment
fonctionnent les quarts et savoir si on est prêt. Une nuit n’est pas
assez. Je conseille vraiment 3 jours et 2 nuits complètes afin d’avoir
vraiment une bonne idée de comment ça va se passer. Je ne conseille
pas à quelqu’un qui n’a jamais fait de longs voyages de partir sans au
moins un ou deux essais de quelques jours. Un passage en mer est
vraiment très différent du Lac Champlain et du fleuve St-Laurent. Même
si tout va bien, il y a quand même le fait de ne pas débarquer du
bateau pendant des jours peut devenir très astreignant pour certaines
personnes. Si on a la chance de faire un passage avec des amis qui
l’ont déjà fait; c’est encore mieux car on est avec des gens
d’expérience, ça donne confiance. Le fait que Gervais a participé à la
Caribbean 1500 à plusieurs reprises et le fait que j’avais moi aussi
fait le voyage à quelques reprises entre la Floride et les Iles
Vierges m’a donné bien confiance pour le voyage que nous entreprenons.
Les livres et
la musique
Je conseille d’apporter beaucoup de bons livres, ça
aide à passer le temps et c’est une bonne façon de s’évader. Je
conseille d’acheter des livres usagés car ils se font abimer sur le
bateau par l’humidité. Ce n’est donc pas nécessaire de payer très cher
pour des livres neufs qui vont s’abimer par l’eau salée et l’humidité.
En arrivant on les donne à d’autres bateaux en échange pour d’autres
livres.
Je conseille aussi l’achat d’un IPOD. Ce fût vraiment
une révélation pour moi. J’ai transféré tous mes CD (plus de 150) sur
mon ordi avec Itunes qui est vendu avec le Ipod. Ensuite, on peut se
faire des listes de musique et les transférer sur le IPOD et brancher
le IPOD sur le système de son du bateau ou de l’auto etc.. Ca évite
d’apporter ses CD sur le bateau et on peut s’en servir aussi durant
les quarts en l’attachant à sa ceinture et en se servant des écouteurs
qui sont vendus avec le kit. C’est vraiment super. J’ai acheté un ‘HP
6 GB ‘ qui donne presque 3 jours de musique continue. La batterie est
bonne pour 7 heures et on peut la recharger avec les batteries du
bateau. C’est petit, léger et de très grande qualité. Je l’ai acheté
chez Future Shop. C’est important d’acheter la base afin de pouvoir
s’en servir dans l’auto ou sur le système de son du bateau. On m’a
vendu la marque BELKIN qui fonctionne très bien. C’est vraiment Génial
et facile à opérer. Demandez au vendeur de vous l’installer dans
l’auto et de vous expliquez comment ça fonctionne car ce n’est pas
évident au début de comprendre comment ça marche mais une fois qu’on
se l’est fait expliquer, c’est bien facile.
Je souhaite à tous de bons passages et même si on
souffre un peu parfois durant les passages, ce qui nous attend à
l’arrivée vaut bien les quelques jours d’inconforts. Les îles, c’est
vraiment paradisiaque, croyez-moi, ça vaut le coût de faire la
traversée et en fait, c’est une belle expérience même si ce n’est pas
jojo à tous les jours. Les nuits pleines d’étoiles, les pleines lunes,
les dauphins, les poissons volants, les algues phosphorescentes, tout
ça fait partie de l’expérience de vie en mer. Il n’y a pas que les
mauvais moments. Il y en a beaucoup de bons également.
Décembre 2005.
Monique et Gervais Leclair,
Taranga III
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